L’entrée en guerre

Le comité Union et Progrès, c’est-à-dire le parti des jeunes-turcs au pouvoir sans interruption depuis 1909, représentait la solution laïque, moderniste et nationaliste appelée de leurs vœux par les bourgeoisies urbaines, et surtout les militaires. Ces derniers souhaitaient le renforcement de l’État et penchaient du côté de l’Allemagne en raison de sa réputation militaire, mais également pour éviter la tutelle de l’Entente, où Istanbul trouvait à la fois ses principaux créanciers, Paris et Londres, et son grand concurrent dans les Détroits et en Asie, la Russie.

À l’abri de la puissance des empires centraux, les plus raisonnables songeaient à récupérer les territoires perdus depuis le Congrès de Berlin, mais certains jeunes-turcs faisaient des projets grandioses rêvant à un empire musulman qui s’étendrait de la Chine à la Méditerranée, bâti sur les décombres de l’Empire russe.

Bombardier russe Kreuzer 1914

Guerre en mer. Bombardiers russes en Mer Noire. November 1914. © akg-images

Ainsi, au début du conflit, la neutralité ottomane apparaissait factice. Les dirigeants turcs signèrent le 2 août un traité défensif secret avec l’Allemagne dirigé contre la Russie. Le 10 août, ils recueillirent deux bateaux allemands surpris par la déclaration de guerre en Méditerranée.

Lorsque Londres demanda leur immobilisation ou leur reconduite dans les eaux internationales, la Porte prétendit les avoir achetés ! Le 7 septembre, elle surenchérit en dénonçant unilatéralement les capitulations, traités séculaires qui privilégiaient les intérêts économiques européens ; le 26, elle ferma les Détroits au commerce, puis augmenta les tarifs douaniers.

Enfin, le 22 octobre 1914, sa marine – conduite par l’amiral allemand Souchon, qui commandait les deux navires « achetés » – bombarda Odessa, Sébastopol et Novorossisk. La Russie lui déclara alors la guerre le 2 novembre, suivie par la France et l’Angleterre le 5. Mais la Russie se trouvait isolée de ses alliés occidentaux.

Pour la soutenir, le premier lord de l’Amirauté, Winston Churchill, entraîna Paris dans une stratégie périphérique, la malheureuse tentative de forcement du détroit des Dardanelles (février-avril 1915), suivie de la tentative d’implantation d’un corps expéditionnaire de cinq divisions sur la péninsule de Gallipoli, lequel dut rembarquer quelques mois plus tard pour Salonique.

Jamais en effet les « petits paquets » de Franco-Britanniques, d’Australiens et de Néo-Zélandais ne parvinrent à élargir leur tête de pont sous le feu de l’artillerie turque et face à la résistance de fantassins qui défendaient leur territoire.